Rencontre avec Nathalie Willame, animatrice des ateliers théâtre de la Vénerie.

C’est dans une impasse près de la maison communale que se cachent les ateliers théâtres de la Vénerie. J’y avais rendez-vous avec Nathalie Willame, comédienne et animatrice des ateliers depuis plus de quinze ans. Des jeunes, entre 10 et 18 ans, s’y expriment le mercredi après-midi ainsi que le samedi matin. Tous les deux ans, ils présentent des spectacles créés de toute pièce. La peur, l’amour, l’adolescence, la Belgique… Beaucoup de thématiques différentes y ont été abordées. Y ayant moi-même participé, il me tardait de savoir comment le projet avait germé et comment il avait évolué depuis que je l’ai quitté. Voici quelques extraits.


Avant de rentrer dans le vif du sujet, quand et comment as-tu personnellement commencé le théâtre ?

J’ai toujours su ce que je voulais faire. J’avais le cousin de ma mère comme exemple : il était comédien et professeur au conservatoire de Liège. Le plan, c’était de faire des études de langue romane et de faire le conservatoire de Liège en parallèle, histoire que mes parents acceptent. Le truc c’est que c’était plus vraiment possible à l’époque. Du coup j’ai passé le concours d’admission à l’INSAS (école de cinéma et théâtre à Bruxelles) et, à ma grande surprise, j’ai été prise. C’était pas si facile d’y rentrer : il y avait plein de gens talentueux et le jury privilégiait les gens plus expérimentés. Moi, j’avais 18 ans et j’avais fait très peu de théâtre auparavant.

C’était quoi ton parcours avant de te retrouver ici ?

Il y a 3 choses que j’aime: la psychologie, le théâtre et l’enseignement. Comme on peut pas tout faire, j’ai fait l’INSAS, et je suis devenue comédienne. Mais la première chose que j’ai faite avant de jouer, c’est de donner des cours dans une école privée à Charleroi. C’est seulement après que je me suis mise à jouer.

Mais attends, c’est bizarre, t’as commencé à donner des cours avant même de commencer à jouer ?

Oui, c’est ça qui était étrange ! Puis un jour, quelqu’un m’a demandé de faire un remplacement ici (NDLR : à la Vénerie). Les ateliers existaient depuis très longtemps, bien avant que j’arrive. J’ai donc fait ce remplacement en espérant que la fille ne revienne jamais. J’adorais l’endroit, le public, les ados, les enfants… Elle n’est jamais revenue donc j’ai eu sa place.

Est-ce que tu sens une évolution dans ta manière de travailler ?

J’essaye de m’adapter à la mutation dans le théâtre. J’observe comment il évolue. On fait plus d’exercices physiques, on introduit la musique. On fait un mélange entre les arts comme c’est à la mode maintenant. Ca marche plutôt bien !

Est-ce que tu peux expliquer le processus de développement des spectacles ?

On part d’improvisation, d’imaginaire et de thèmes qui intéressent et préoccupent les jeunes. Quand j’ai suffisamment de matière, j’écris une scène sur le sujet. On accumule les sketchs autour de ce thème commun jusqu’à avoir assez de matière pour en faire une pièce. Ensuite on répète, puis on joue le spectacle.

Cette méthode t’est imposée, ou tu es libre de développer l’atelier comme tu le souhaites ?

Quand j’ai commencé, j’étais la seule à travailler comme ça. Sauf que le cahier des charges de la Vénerie nous impose de partir de l’imaginaire des enfants. C’est complètement différent des contraintes des académies par exemple. Le truc, c’est que ma méthode colle parfaitement à ces « obligations ». Du coup maintenant, il y a pas mal d’animateurs ici qui font comme moi. J’ai lancé le truc.

Tu travailles principalement avec des enfants et des ados. Après 15 ans, ça commence pas à te taper sur les nerfs ?

Non ! Au contraire, plus j’avance et plus je suis capable de gérer les difficultés de certains enfants. Je prends même plus de plaisir à gérer les cas difficiles que quand j’avais 20 ans. Maintenant je prends ça comme un challenge.

Préparer une pièce, c’est de l’amusement mais aussi beaucoup de boulot. Comment tu motives les ados à mémoriser les textes et à bosser chez eux ?

C’est une des qualités du théâtre. Ca procure beaucoup de plaisir mais ça montre aussi aux jeunes qu’on n’en prendra pas s’il n’y a pas un minimum de travail derrière. Le théâtre est une très bonne école de la vie pour ça.

Un autre facteur, c’est que les débutants apprennent des plus âgés. Après le spectacle, les novices se sont rendus compte à quel point les grands s’investissent, prennent les choses au sérieux et travaillent. S’ils veulent arriver à leur niveau un jour, ils réalisent qu’ils sont obligés de se mettre à bosser. C’est aussi pour ça que je mélange les âges et les niveaux dans les spectacles. Les plus jeunes envient le travail des grands, ça les motive à s’y mettre.

Dans tes élèves, tu as des timides qui viennent pour se surpasser, alors que d’autres sont là pour soulager leur extraversion. C’est pas compliqué de faire cohabiter tout le monde?

C’est toujours au cas par cas. Chaque enfant est différent, il faut s’adapter à chaque personne… De toute manière tout le monde passe à tous les exercices, et les « clowns » n’ont pas droit à plus de temps sur scène que les autres.

Le but, c’est qu’au spectacle tout le monde se sente à sa place et que le public ne parvienne pas à savoir qui est timide et qui ne l’est pas… Pour ça, il faut pousser un extraverti à jouer de manière plus sensible, un timide à prendre des rôles plus extravagants. Il faut également beaucoup valoriser les timides pour qu’ils se sentent bien et osent… oser.

T’as l’impression que tes cours aident les ados pour les autres aspects de la vie que le théâtre ?

Oui, vraiment. Pas que dans le cas de la timidité d’ailleurs. Il y a des enfants qui arrivent plutôt grognons, d’autres ne veulent pas trop socialiser. Petit à petit, ils commencent à nouer des rapports sociaux « normaux » avec les autres. Je suis sûre que les ateliers apportent des vertus plus globales pour l’enfant, même si ce n’est pas mon objectif premier. Je donne des cours de théâtre, je suis pas thérapeute. Je ne soigne personne, c’est le théâtre qui amène à se livrer.

Tu travailles beaucoup avec l’improvisation. C’est une discipline totalement différente du théâtre classique dans sa gestuelle et dans son approche. Pour toi, les deux disciplines peuvent coexister au sein d’un même atelier ?

L’impro comme pratiquée ici est totalement différente de celle de la ligue d’impro où ils visent l’efficacité : il faut faire rire au en un minimum de temps. Ici c’est pas du tout le but, on est à un cours de théâtre, pas d’impro. L’impro sert juste à s’approprier notre corps, notre voix et l’espace scénique avant de jouer d’autres personnages que soi. Si un débutant s’attaque tout de suite à un texte classique, il va être très ampoulé. Par contre, s’il commence par bouger et s’exprimer à sa manière, il acquerra les bases fondamentales qui lui permettront d’être plus à l’aise sur un texte plus classique par après.

Quels sont tes prochains projets ?

On a joué pour la dernière fois notre spectacle « Rêve » au mois d’octobre dernier. Il y était question du songe et de toutes les thématiques associées. Maintenant, on travaille sur le thème du passage. Passage de l’enfance à l’adolescence, passage à l’âge adulte, passage à l’acte, passages difficiles…

Propos recueillis par Louis. 


Si votre neveu a un jour envie de monter sur les planches, on vous file le lien ici !


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