Choc : Social Experiment sur la place Keym (résultat surprenant)

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Du Roi Albert à la blanchisserie Mahaut, du marchand de légumes Rhino au bistrot l’Artisan dans la galerie, la place Eugène Keym échauffe les esprits. Et pour cause, le cœur historique de Watermael, cher à tout ceux qui n’osent pas s’aventurer outre-trois-tilleuls, serait assailli par des dangereux buveurs de bière. Pourtant, cela fait 26 ans que je me prends le gros orteil dans ces maudits pavés, et ce n’est pas le sentiment que j’ai quand j’y suis. Pour mieux comprendre ce problème, j’ai décidé de ne pas écouter les « on dit » et de passer, pendant 5 jours, 2 fois par jour sur la place dans le but d’observer les gens. Décryptage.


Les faits

Depuis quelques temps déjà, on voit fleurir dans les journaux des articles sur la place Keym. En les lisant, on se croirait dans une banlieue QV_DEVELOPER_01 de Soweto ou en Allemagne de L’est en 46, voire carrément au Goulag. Cela a commencé avec les problèmes dus aux pavés (c’est vrai qu’ils sont glissants pour les personnes âgées) et la question de sa possible rénovation. Ensuite il y a eu l’incendie de la  brasserie sur l’esplanade et des articles sur des « cambriolages » ayant eu lieu à plusieurs reprises dans les commerces de la galerie et autour de celle-ci. Plus récemment, un article de LaCapitale parle de ces « buveurs de bière ». Une série de réactions vulgaires et haineuses sur les réseaux sociaux m’ont donné la nausée. Ce qui me dérange le plus c’est qu’on a l’impression qu’aucun de ces journalistes ni de ces citoyens en colère n’ont été rencontrer « ces gens », ni passer du temps sur la place Keym. Moi oui. 

Pour info, les belles crasses de LaCapitale et du Soir : 


L’expérience

Pour confronter mes impressions à la réalité j’ai donc réalisé une social experiment (NDLR. une « expérience sociale »). Depuis la parution de l’article dans LaCapitale, je suis passé deux fois par jour sur la place Keym, tous les jours, pendant 5 jour. Le résultat est surprenant… 

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Pièce à conviction N°1. Des gens normaux qui font des trucs normaux sur la place Keym. 

J’y ai rencontré plusieurs types de personnes. L’énorme majorité des « placekeymiens » est composée d’étranges autochtones se baladant le dos courbé. Il s’agit en fait d’habitants du coin qui rentrent de leurs courses en portant leurs sacs. Il y a également 400-101 des jeunes enfants qui jouent et des gens qui prennent un café en terrasse, une couque à La Brioche ou une glace chez Capoue.

Pièces à conviction N°2, 3 et 4. Des enfants qui jouent, des madames qui parlent et des gens qui mangent une glace chez Capoue.


Des problèmes ?

Venons-en au cœur du problème. Lors de ces 5 jours, j’ai rencontré plusieurs personnes. J’y ai vu ma grand-mère Aline et mon grand-père Jean-Louis (qui portait sa traditionnelle casquette façon Justin Bridou), des vrais badass. Ils revenaient justement d’avoir mangé une glace.

J’ai également croisé Marco. Il est souvent assis devant la banque ou le night shop. Toujours souriant, il salue tout le monde et est prêt à rendre service. On a sympathisé il y a quelques mois parce qu’il vient de Roumanie. Il a habité et travaillé pendant 30 ans dans les Carpates avant de venir en Belgique et j’ai moi-même eu la chance d’aller dans la région avec les scouts, près de Brasov. Ma compagne, qu’il ne connait pas, avait une fois oublié sa carte de banque dans le distributeur, c’était sans compter sur Marco qui lui a couru après pour lui rendre. 

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Pièce à conviction N°8. Mon pote Marco. (Credit photo : RTBF). 

J’ai également aperçu de loin Xavier, qui était en primaire avec ma grande sœur à Sainte-Thérèse. C’est vrai que son chien fait peur au premier abord, mais je n’ai jamais vu un animal aussi bien éduqué.

J’ai vu aussi des jeunes qui devaient avoir la vingtaine et buvaient une bière sur les célèbres boules. Enfin, j’ai vu ces « buveurs de bière ». Il y avait des femmes et des hommes, il n’avaient pas l’air méchant et ne m’ont pas insulté. Peut-être qu’il y a parfois des abus, mais j’ai aussi vu une voiture de police et des policiers qui se promenaient non loin.

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Pièce à conviction N°17. Des gens qui boivent des bières.


En conclusion 

Alors, oui la place Keym est dégueulasse (Il est grand temps que les travaux démarrent! cfr ci-dessous). Et oui on y boit parfois un verre de trop. Je comprends que ce soit parfois gênant ou difficile. Mais cette place Keym est la nôtre. Avant d’écrire des commentaires haineux, pourquoi ne pas essayer d’observer, de comprendre, et pourquoi pas de discuter avec ceux qui nous dérangent ? On a la société qu’on construit, tous ensemble. J’ai d’ailleurs vu que l’esplanade est maintenant privatisée et fermée. Cette esplanade ou j’allais manger des chips à 12 ans et boire des bières à 15. 

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Pièce à conviction N°124574bis. L’esplanade fermée.

J’ai l’impression qu’à Bruxelles, on ferme de plus en plus les espaces publics, on se fait arrêter quand on boit dans un parc et on doit vider ses bières (j’en ai fait les frais). Une solution serait de cacher ces buveurs dans leurs appartements et logements sociaux mais est-ce vraiment le Bruxelles que nous voulons ? Moi pas. Peut être qu’une fois la place rénovée on aura moins envie de la salir et de cracher par terre. Patience, donc…

Pièces à conviction X, Y et Z. Le patchwork Landart de la place Keym en l’honneur du surréalisme belge (circa 2017). 

Tout n’est pas rose mais je ne pense pas que c’est en stigmatisant « les gens » et en ayant des discours comme cela qu’on améliore la situation. Si vous avez un problème avec quelqu’un sur la place vous pouvez appeler la police, ou mieux, appelez-moi et je vous paye une chope ou un café au Roi Albert. Santé ! 

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Pièce à convictions N°Xdjkzne312. « Je suis place Keym », oeuvre anonyme. Parce qu’il faut bien un peu d’humour dans ce monde. 


Bonus : Le futur urbanistique de la place Keym

Pour rappel la place Keym va être rénovée. En regardant le mobilier public dégradé (pavés, boules, restaurant), on se rend vite compte qu’elle aurait bien besoin d’un coup de neuf. Des idées ont émergées dans la bouche des habitants du quartier et de politiciens locaux : que doit-on faire? rénover à l’identique ? Tout changer ? Voire, rendre la place piétonne ? Du côté politique, la majorité Ecolo aurait bien voulu une place piétonne. Dans l’opposition et chez certains commerçants, cela ne passe pas. Une consultation est ensuite organisée avec trois réunions et puis une présentation au Delvaux. On voulait créer une place semi-piétonne et un nouvel accès au parking sous-terrain. Mais la co-propriété du grand immeuble sur la place à voté non. On fera donc une simple rénovation, on attend les plans des architectes.

Si vous voulez poser une question, donner votre avis, ou envoyer un coup de gueule, vous pouvez le faire via le site mis en place exprès pour l’occasion.


Bonus 2 : une belle photo que j’ai prise sur la place en hiver. C’est comme ça que je la préfère mais attention, ça glisse !22082017-21015550_1690722470939281_288601180_n


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Comments

  1. Colette Delvoye

    Sympa cet article, c’est bien vrai qu’on a de plus en plus tendance à privatiser l’espace public pour le réserver à quelques « happy few ». Laissons les rues, places et parcs à tout le monde et essayons d’écouter et de comprendre avant de juger, c’est l’histoire de la paille et de la poutre dans les yeux.
    L’univers est tellement vaste que se battre pour quelques mètres carrés semble dérisoire.
    Colette Delvoye

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